Génération Y, génération pétard ?

High Society a confié à l’institut Ifop le soin d’interroger plus d’un millier de jeunes Français âgés de 15 à 24 ans afin de connaître leur rapport aux stupéfiants, et plus particulièrement au cannabis dont l’usage est fortement répandu dans notre pays.

Cette étude confirme non seulement la forte pénétration du cannabis au cœur de la génération Y, mais souligne également qu’il accompagne nombre de jeunes, qui souhaitent se décontracter, être plus performants ou bien encore sont dépendants, dans leur vie quotidienne.

Cette banalisation ne va pas sans risques : plus de la moitié des consommateurs ont déjà regretté d’avoir pris de la drogue en diverses circonstances, notamment avant une relation sexuelle. C’est ainsi le cas de plus d’un tiers des jeunes consommatrices consultées par l’Ifop.

Face à ce phénomène, quel impact ont les campagnes de sensibilisation et de prévention lancées par les pouvoirs publics ? Non négligeable si l’on en croit les réponses obtenues par l’institut puisque les 3/4 des consommateurs en ont eu connaissance, entraînant pour près de 30% d’entre eux un arrêt ou une diminution de leur consommation.

Au regard de l’aspect courant du cannabis dans leur quotidien, l’on pourrait penser que les jeunes Français sont majoritairement favorables à sa légalisation. Ce n’est nullement le cas puisqu'à peine plus d’un tiers d’entre eux souhaitent que le prochain président de la République s’engage dans cette voie.

Près d’un jeune sur deux a déjà fumé du cannabis.

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En 20 ans, la part de jeunes âgés de 15 à 24 ans ayant consommé au moins une fois du cannabis a quasiment doublé, passant de 25% en 2001 à 47% (dont 15% plusieurs fois) en 2021. Si l’on se réfère à la population de cette tranche d’âge en France (7,61 millions), ce sont donc plus de 3,5 millions de jeunes (44% des hommes et 50% des femmes) qui ont déjà expérimenté cette drogue, sous forme d’herbe, de résine ou encore d’huile.

Encore loin derrière l’alcool (8 jeunes sur 10 y ont déjà goûté) mais se rapprochant de la cigarette (59% o nt déjà fumé au moins une fois), l’usage du cannabis – bien qu’interdit à la production comme à la vente en France - s’est donc considérablement banalisé au cours des deux dernières décennies. Confirmée par les études successives menées sur la question, la facilité à se procurer le produit induit très probablement chez les jeunes consommateurs le sentiment que le cannabis, à défaut d’être autorisé, est plus ou moins toléré.

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Si elle reste à des niveaux bien inférieurs au cannabis, la consommation de drogues dites « dures » comme la cocaïne, l’héroïne ou encore les amphétamines touche elle aussi de plus en plus de jeunes au fil des années. Autre phénomène relativement récent et en forte progression, l’inhalation de protoxyde d’azote, autrement appelé gaz hilarant, concerne plus d’un jeune sur dix, 11% des personnes interrogées par l’Ifop en ayant déjà fait l’expérience.

Le cercle amical, premier fournisseur

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Pour se procurer la drogue qu’ils consomment, les jeunes s’adressent en priorité à leurs relations de proximité puisque près d’un sur deux (47%) s’est déjà fourni auprès d’amis. Les camarades d’études (35%) constituent également une source d’approvisionnement non négligeable, suivis par le dealer déjà connu du consommateur (31%). Aller aborder un vendeur que l’on ne connaît pas est moins aisé et n’a concerné qu’un quart (25%) des jeunes interrogés qui, pour ceux qui travaillent, peuvent également faire appel à leurs collègues (20%).

L’acquisition légale à l’étranger n’est pas aussi marginale qu’on pourrait le croire dans la mesure où 17% des consommateurs interrogés disent y avoir déjà eu recours. Enfin, à peine plus d’un jeune sur 10 (12%) serait déjà passé par Internet pour acheter de la drogue. Les moyens de se procurer des substances illicites sont donc multiples, les uns pouvant se substituer aux autres en cas de nécessité.

Le cannabis intégré à la vie quotidienne

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La consommation de cannabis chez les jeunes est avant tout, et très majoritairement, liée à des contextes amicaux et festifs. Ainsi, 88% des consommateurs interrogés ont déjà fumé du cannabis lorsqu’ils étaient avec des amis et 85% alors qu’ils participaient à une fête. Néanmoins, autre signe fort de la banalisation du cannabis, ces moments privilégiés et irréguliers sont loin d’être les seuls : plus de la moitié d’entre eux (51%) en ont déjà consommé en couple et plus du tiers (39%) de manière solitaire. En dépit des dangers qu’ils courent et font courir, 23% reconnaissent avoir déjà fumé du cannabis avant de conduire un engin motorisé et 22% tout en étant sur leur lieu de travail, soit avant, soit pendant l’exercice de leur profession.

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Parmi les jeunes consommateurs déclarant avoir déjà pris de la drogue sur leur lieu de travail ou d’études, 34% disent l’avoir fait pour se détendre, 16% parce qu’ils sont dépendants et 16% dans l’espoir d’être plus performants.

Sexe, drogue... et déconvenues

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La consommation de drogue intervient également de manière prégnante dans le domaine de la sexualité des jeunes Français. Les chiffres de l’Ifop confirment les résultats d’une récente étude sur le Chemsex (contraction de l’anglais chemicals - produits chimiques – et sex) présentée le 24 novembre dernier qui montrent une nette augmentation de la pratique dans toutes les parties de la population. Ainsi, 40% des 18-24 ans ayant consommé de la drogue l’ont déjà fait avant d’avoir un rapport sexuel, les femmes étant plus nombreuses (45%) que les hommes (35%) à avoir vécu cette expérience. En tête de leurs motivations, les jeunes citent en premier lieu (34%) la volonté d’être détendus (exprimée plus fortement par les femmes - 39% - que par leurs homologues masculins - 29%), la recherche d’un effet aphrodisiaque (27%), là aussi plus importante chez les filles que chez les garçons, ainsi que le souhait de meilleures performances (15%).

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Si la drogue est parfois recherchée pour un éventuel effet aphrodisiaque, force est de constater que le résultat n’est pas toujours au rendez-vous : 43% des jeunes en ayant consommé avant un rapport sexuel ont vu leur libido sérieusement affectée et plus d’un tiers (35%) ont tout simplement regretté d’avoir eu ce type de rapport. Expériences négatives qui affectent plus fortement les femmes que les hommes puisque 46% d’entre elles ont déjà vu leur libido cassée et 39% auraient préféré ne pas avoir de rapport sexuel dans un tel contexte. Risques de violences, baisse de la vigilance vis-à-vis des maladies sexuellement transmissibles, possibilité d’accoutumance : le Chemsex peut entraîner de lourdes conséquences pour celles et ceux qui s’y adonnent, particulièrement chez les plus jeunes usagers qui découvrent leur sexualité.

D’une manière plus générale, plus de la moitié (51%) des jeunes ayant déjà consommé de la drogue l’ont regretté, notamment pour avoir dit ou fait des choses en étant sous l’emprise de stupéfiants (28%). Des regrets qui touchent les 2/3 (66%) de celles et ceux dont la consommation est supérieure à une fois par mois.

Quel impact pour les campagnes de prévention ?

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Face à une consommation de drogues, cannabis notamment, prégnante chez les jeunes, les pouvoirs publics enchaînent depuis de nombreuses années plans de prévention et campagnes de sensibilisation. L’étude de l’Ifop montre que 3 jeunes consommateurs sur 4 (75%) ont eu connaissance de telles campagnes.

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Mais ces mesures portent-elles leurs fruits ? Il s’agit là de voir le verre à moitié plein ou à moitié vide. Car si plus d’un quart (29%) des personnes interrogées disent qu’elles ont eu un impact sur leur usage de drogue – incitant 15% à arrêter d’en prendre - près de la moitié (46%) indiquent que ces campagnes n’ont pas eu d’influence sur leurs pratiques. Il est vrai comme le souligne également cette enquête que 62% des jeunes ayant déjà consommé de la drogue ne se sentent nullement dépendants et s’estiment potentiellement moins concernés par le message des pouvoirs publics.

La légalisation, c’est plutôt non

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Au regard du nombre de jeunes ayant déjà consommé du cannabis, substance aujourd’hui fortement banalisée chez les 15-24 ans, on aurait pu penser qu’une majorité d’entre eux serait favorable à sa légalisation, à laquelle aspire par ailleurs aujourd’hui environ la moitié de la population française. Et bien il n’en n’est rien : près des deux tiers (65%) des personnes interrogées ne souhaitent pas que le prochain président de la République s’engage dans cette voie.

Parmi ceux qui y sont plutôt favorables, les jeunes femmes (38%) sont plus nombreuses que leurs homologues masculins (31%). Il est par ailleurs intéressant de noter que les jeunes sympathisants de la France Insoumise et d’Europe Écologie les Verts, dont les candidats à l’élection présidentielle d’avril 2022 ont fait de la légalisation du cannabis un engagement de campagne, n’y sont respectivement favorables qu’à 27% et 48%.

Enquête menée par l’Ifop pour High Society du 10 au 15 novembre auprès d’un échantillon de 1 205 personnes, représentatif de la population française âgée de 15 à 24 ans.

Le point de vue de Gautier Jardon de l’Ifop

Au-delà du cadre festif, illustré récemment par le phénomène du proto consommé en soirées étudiantes, l’usage de drogues chez les jeunes s’exporte à d’autres temps de la vie quotidienne. Cette banalisation a tout lieu d’inquiéter. En effet, comme le relèvent les docteurs spécialisés en psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent, le cerveau des adolescents « continue à connaître un développement important jusqu’à l’âge d’environ 25 ans et de ce fait, la consommation de cannabis, tout spécifiquement dans cette tranche d’âge, confère un risque spécifique en termes de dépendance (fréquence et intensité), mais aussi en termes d’impact cérébral, cognitif et émotionnel. » Un constat valide également pour les autres drogues. À ce titre, la prévention auprès de ce public est une absolue nécessité mais elle n’a aujourd’hui qu’un impact encore limité. Vous pouvez télécharger l’analyse complète de l’enquête ici.

Vous pouvez télécharger l’analyse complète de l’enquête ici.